Selina Napanangka Fisher est née à l’hôpital d’Alice Springs. Au moment de sa naissance, ses parents vivaient à Yuendumu. Elle est issue d’une fratrie de six enfants, comptant trois sœurs et deux frères. Sa mère est aujourd’hui décédée, tandis que son père réside à Mount Allen. Selina est la petite-fille de la défunte Topsy Napurrurla Fisher, artiste reconnue de Yuendumu.
Elle effectue sa scolarité primaire à l’école locale de Yuendumu avant de poursuivre ses études à Yirara College, un internat aborigène situé à Alice Springs, où elle achève sa formation jusqu’au niveau Year 10. À la fin de sa scolarité, Selina s’installe à Nyirripi, une autre communauté du désert central, où elle travaille dans le magasin local. Elle est aujourd’hui mariée à Lance Turner, employé du Community Development Employment Project (CDEP), et le couple élève trois enfants.
Selina Napanangka Fisher commence à peindre en 2006 pour le centre d’art de Yuendumu. Son engagement artistique s’enracine dans une expérience intime de la transmission culturelle : enfant, elle observait longuement sa grand-mère peindre, écoutant les récits du Jukurrpa qu’elle lui enseignait. Cette relation fondatrice a profondément marqué sa pratique, tant sur le plan narratif que spirituel.
Dans son œuvre, Selina représente principalement le Pikilyi Jukurrpa (Vaughan Springs Dreaming), un récit issu de la lignée paternelle, ainsi que le Karnta Jukurrpa (Women’s Dreaming). Ces récits sont directement liés à des sites spécifiques du territoire Warlpiri et à des lois cérémonielles qui régissent les relations entre les êtres humains, les ancêtres et le pays.
Le Pikilyi Jukurrpa occupe une place centrale dans sa production artistique. Pikilyi est un point d’eau majeur et une source naturelle située à proximité de Mount Doreen Station, un site d’une grande importance spirituelle et cérémonielle. Le récit évoque la demeure de deux serpents arc-en-ciel ancestraux, figures héroïques du Temps du Rêve, qui vivaient ensemble en tant qu’homme et femme. La femme serpent appartenait au groupe de peau Napanangka, tandis que l’homme était Japangardi. Leur union constituait une relation interdite selon la loi religieuse Warlpiri, transgressant les règles strictes qui régissent les alliances matrimoniales.
Selon le récit, des femmes des sous-sections Napanangka et Napangardi s’asseyaient auprès des deux serpents et leur retiraient les parasites. En échange de ce geste de soin, les serpents leur accordaient l’accès à l’eau de la source de Pikilyi. Les serpents arc-en-ciel étaient les kirda, c’est-à-dire les propriétaires cérémoniels de ce territoire, détenant l’autorité spirituelle sur le site. Leurs esprits sont considérés comme toujours présents à Pikilyi, perpétuant la puissance et la sacralité du lieu. Ce Jukurrpa appartient aux hommes et aux femmes des groupes de peau Japanangka/Napanangka et Japangardi/Napangardi, et sa représentation obéit à des règles culturelles précises.
Dans ses peintures, Selina Napanangka Fisher traduit ces récits complexes à travers un langage visuel hérité de la tradition du désert central : motifs répétitifs, tracés rythmés, cercles et lignes qui évoquent à la fois la topographie du site, la circulation de l’eau et la présence invisible des ancêtres. Son travail témoigne d’un équilibre subtil entre respect des structures narratives traditionnelles et expression artistique personnelle, inscrivant son œuvre dans une dynamique de continuité culturelle vivante.