Youssef Abdelké, né en 1951 à Qamishli, dans le nord-est de la Syrie, est un peintre et graveur syrien parmi les plus importants de sa génération. Diplômé de la faculté des Beaux-Arts de Damas en 1976, il est emprisonné à la fin des années 1970 pour son engagement au sein du Parti d’Action Communiste. Après sa libération, il s’exile à Paris en 1981, où il poursuit ses études à l’École nationale supérieure des Beaux-Arts, puis soutient un doctorat en arts plastiques à l’Université Paris VIII en 1989.
Installé en France jusqu’en 2005, il rentre ensuite en Syrie après vingt-cinq ans d’exil. Fidèle à ses convictions, il continue d’exprimer dans son œuvre et ses écrits une critique lucide du régime de Bachar el-Assad et des dérives de l’opposition. En 2013, il est arrêté pour avoir signé une pétition en faveur d’un système démocratique pluraliste, avant d’être libéré un mois plus tard sous la pression internationale. Après sa libération, Abdelké se tourne vers le nu féminin, qu’il aborde comme un acte de liberté et de défi. Ces corps sculptés dans l’ombre, marqués de griffures et de lignes barbelées, incarnent la dignité et la souffrance de la femme syrienne, et plus largement, de tout un peuple.
Artiste profondément engagé, Abdelké voit dans la liberté et la dignité humaine les fondements de toute action politique. Ses fusains et gravures, d’une grande intensité poétique, explorent la mort, la résistance et la beauté fragile du quotidien. D’abord marqué par la satire politique, son art évolue vers des natures mortes en noir et blanc d’une force méditative rare, avant de revenir à des portraits bouleversants des « martyrs » de la révolution syrienne.
Depuis 1995, Youssef Abdelké a renoncé à la couleur pour explorer la profondeur du noir et blanc, donnant à son œuvre une dimension méditative et funèbre. Ses grandes natures mortes au fusain, poissons, couteaux, fleurs ou objets du quotidien, évoquent à la fois la mort, la mémoire et la persistance de la vie. Son trait précis, incisif et rageur transforme chaque motif en symbole du drame syrien : la terre martyrisée, la perte, le sacrifice. À travers des œuvres comme Le Pinceau cloué, Cactus ou Cœur transpercé, il associe douleur et beauté dans une poétique de la résistance. Les animaux entravés et les oiseaux morts deviennent des allégories du peuple syrien meurtri. Par son art sobre, intense et symbolique, Abdelké transforme la tragédie en une méditation sur la vie, la mort et la résistance.
Ses œuvres figurent dans de nombreuses collections publiques, dont le British Museum, le Mathaf de Doha, la Shoman Foundation et l’Institut du monde arabe à Paris, qui conserve vingt-six de ses pièces. Il est reconnu comme l’un des plus grands artistes expressionnistes du monde arabe.