La Maison Millon Riviera dévoile dans sa vente So Unique un manuscrit enluminé exceptionnel réalisé vers 1490-1500. Œuvre de plusieurs ateliers, il incarne l’élégance liturgique de la fin du Moyen Âge et illustre le destin d’une grande famille marseillaise.
Un manuscrit composite d’ateliers : Lyon, Bourges et au-delà
Réalisé à l’usage de Rome, ce Livre d’heures sur parchemin, en latin avec quelques ajouts en occitan (1514), est orné de 17 grandes miniatures, 24 miniatures pour le calendrier, 2 miniatures intermédiaires, et 3 marginales. Sa facture reflète une collaboration exceptionnelle entre trois artistes aux influences lyonnaises, berruyères et parisiennes. Le cycle iconographique, enrichi d’éléments décoratifs foisonnants (fleurs, hybrides, fonds dorés), fait de cet ouvrage un témoin magistral de la production manuscrite de la fin du XVe siècle, dans un format de dévotion privée mais d’une ambition esthétique évidente.

De la cour du roi René à la notabilité marseillaise
Ce manuscrit fut probablement commandé par Marc Albanel, Maître des Requêtes du roi René d’Anjou, pour sa fille Marquise Albanel, qui le déclare sien en 1514. Elle épousa Jean Caradet, dit « de Bourgogne », juriste marseillais, rattachant ainsi ce manuscrit à une dynastie active dans l’administration provençale. Le calendrier fut adapté à l’usage liturgique de Marseille, témoignant de son ancrage territorial. Sa trace est ensuite retrouvée en 1609 chez Jean André de Caradet, puis au XIXe siècle chez Henry Maure, juge à Grasse. Le manuscrit est aujourd’hui transmis par succession directe, un parcours de conservation rare et parfaitement documenté.

Un témoin raffiné de la piété aristocratique méridionale
Expertisé par Mme Ariane Adeline, ce manuscrit se distingue par son originalité iconographique, sa qualité picturale (notamment le premier peintre, proche du Maître de Monypenny), et sa valeur historique. Malgré des frottements ponctuels, il demeure dans un bon état général. Estimé à 15 000 €, il s’adresse en priorité aux institutions désireuses d’enrichir leur fonds en manuscrits enluminés, mais saura séduire aussi les amateurs éclairés de provenance noble et de manuscrits pluriels.